Marcher dans Paris : il n’y a pas de pas perdus

Marcher dans Paris est une manière simple de s’approprier la ville lumière, en particulier les quartiers asiatiques de la capitale. Nous avons déjà abordé des idées de sorties à faire à Paris, il sera surtout ici question du plaisir de flâner.

Marcher dans Paris : il n’y a pas de pas perdus

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De beaux lendemains

Il y a tout juste un an, notre article sur les bonnes adresses du quartier indien a rencontré un tel succès qu’il m’a conduit à lancer Paris asiatique.

« La plupart des hommes se promènent à Paris comme ils mangent, comme ils vivent, sans y penser… Oh, errer dans Paris ! Adorable et délicieuse existence ! Flâner est une science, c’est la gastronomie de l’œil. Se promener, c’est végéter. Flâner, c’est vivre. »
Balzac, Physiologie du mariage

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S’approprier Paris

Charles de Gaulle se souvient des promenades dans Paris qu’il faisait enfant avec son père Henri, professeur de lettres, d’histoire et de mathématiques. Chaque rue était prétexte à une évocation historique, transmise par le père au jeune Charles.

S’approprier Paris n’a rien d’une évidence, en particulier pour ceux qui ont grandi en province ou en banlieue. Dans Les Lieux de mémoire, Alain Corbin observe que la province est souvent vécue en termes d’éloignement, de carence, voire d’absence et de privation de la capitale.

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L’invention de Paris

Je recommande souvent la lecture du livre L’invention de Paris : Il n’y a pas de pas perdus d’Eric Hazan, car on a trop souvent tendance à négliger les strates de sédimentation urbaine qui ont fait Paris.

Tout lecteur prendra plaisir à cheminer avec Eric Hazan. L’auteur est attachant, notamment car il est obsédé par ses propres lubies, comme lorsqu’il explique que « la véritable éradication du Moyen-Âge à Paris n’a pas été menée à son terme par Haussmann mais par Malraux et Pompidou ».

Si la forme d’une ville change plus vite que le cœur des hommes, on comprend que l’existence actuelle des quartiers asiatiques à Paris est le reflet d’une longue histoire d’immigrations successives.

Là où le documentaire Asiatiques de France de Laurence Jourdan remonte au début du siècle (et s’excuse de ne jamais évoquer le sous-continent indien), Hazan aide à créer des liens entre les époques, à relier passé et présent.

Les Nordistes, Lorrains, Auvergnats ou Creusois du 19e siècle sont considérés avec dédain : « Ils sont entassés dans la saleté, ils ont la réputation d’être paresseux et voleurs, de ne pas parler français, de prendre le travail des vrais parisiens en ces temps de crise et de chômage ».

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Il n’y a pas de pas perdus

On peut errer entre le Faubourg Saint Martin et le Faubourg Saint Denis en songeant que le fantôme Auguste Blanqui prépare sans doute un coup quelque part. J’ai régulièrement fait l’éloge de la marche comme d’un excellent moyen pour prendre du recul par rapport aux choses, notamment pour un créateur d’entreprise.

« Depuis bien des années déjà Victor Hugo n’est plus parmi nous. Je me souviens d’un temps où sa figure était une des plus rencontrées parmi la foule; et bien des fois je me suis demandé, en le voyant si souvent apparaître dans le turbulence des fêtes ou dans le silence des lieux solitaires, comment il pouvait concilier les nécessités de son travail assidu avec ce goût sublime, mais dangereux des promenades et des rêveries.

Cette apparente contradiction est évidemment le résultat d’une existence bien réglée et d’une forte constitution spirituelle qui lui permet de travailler en marchant, ou plutôt de ne pouvoir marcher qu’en travaillant.

Sans cesse, en tous lieux, sous la lumière du soleil, dans les flots de la foule, dans les sanctuaires de l’art, le long des bibliothèques poudreuses exposée au vent, Victor Hugo, pensif et calme, avait l’air de dire à la nature extérieure: « Entre bien dans mes yeux pour que je me souvienne de toi. »

Baudelaire, L’art romantique

Les villes occidentales comme Paris s’offrent volontiers à la marche, quand Londres est démesurément grande et que les villes d’Asie sont dangereuses pour le piéton. J’avais ainsi consacré un chapitre à la marche dans Delhi pour mon livre sur l’Inde.

La plupart de mes idées viennent en marchant. Le charme toujours recommencé des visites du Paris asiatique tient sans doute au fait que chaque visiteur amène son propre regard. L’un attire votre œil sur quelque chose que vous n’aviez jamais remarqué, l’autre vous amène sur un thème singulier.

La quête des meilleurs restaurants asiatiques à Paris est aussi un moyen d’explorer des quartiers encore inconnus et de se laisser tenter par une devanture plus ou moins avenante.

Bien loin d’être une promenade en terre inconnue pour Français en mal d’exotisme, nos visites sont une invitation à regarder Paris sous un jour entièrement nouveau, simplement en suscitant la curiosité. C’est aussi un prétexte pour marcher dans Paris, encore et toujours.