Cuisine et cinéma asiatiques : les meilleurs films

Lorsque l’on voyage pour la première fois en Asie, on revient la plupart du temps enchanté d’avoir découvert des cultures gastronomiques d’une richesse immense. Sofi et Boris en parlent très bien après avoir passé neuf mois à sillonner l’Asie.

Pour les expatriés au long cours, il y a même un temps de profonde déprime. Par crainte de ne pas retrouver les saveurs entraperçues en Asie, on a du mal à se laisser entraîner dans des restaurants asiatiques en France. Plus que la déception de ne pas retrouver le goût des plats que l’on avait appris à apprécier, c’est surtout la mélancolie de repas partagés avec des amis désormais éloignés qui vient nous hanter. Nous avons eu une discussion sur ce sujet avec quelqu’un qui revient tout juste de Corée lors de la soirée Cookening.

Il faut aussi dire que les restaurants asiatiques bon marché auxquels les Français sont habitués ne font guère honneur à la variété des cuisines asiatiques. Les traiteurs chinois ou les chaînes de restauration proposant des sushis sont un moyen comme un autre de s’ouvrir à une autre culture. Mais on aurait tort de se limiter par commodité à ces portes d’entrée, car ce sont des paysages gastronomiques entiers qui vous attendent !

Pour vous en convaincre encore plus, rien de tel que le cinéma asiatique. En effet, plusieurs films célèbrent à leur manière les gastronomies chinoises, japonaises, indiennes ou coréennes.

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Le Festin chinois de Tsui Hark (Hong Kong, 1995)

Le film est inspiré du gargantuesque repas organisé par l’empereur Kangxi en 1720. À l’occasion de son anniversaire, l’empereur souhaitait réunir deux clans qui se disputaient alors le pouvoir : les mandchous et les han. Pendant trois jours, les notabilités de l’empire et les fonctionnaires ont pu déguster 108 plats exprimant la diversité des cultures chinoises.

Dans le film, deux chefs sont en compétition pour réaliser les plats les plus célèbres de l’époque impériale. D’un côté, on trouve l’arrogant Wong Wing. De l’autre, Au Siu-Fung, grand chef de l’un des meilleurs restaurants de Hong-Kong, aidé par un jeune caïd reconverti dans la cuisine.

La mise en scène est très rythmée, avec de nombreux rebondissements et des situations comiques. Le film mélange l’univers du kung-fu et ses scènes de combat avec des images étonnantes de cuisiniers au sommet de leur art. La dextérité de ces artistes est illustrée par des bruitages qui semblent tout droit sortis d’un film de combat.

On découvre des plats qu’il est désormais illégal de réaliser : la patte d’ours, la cervelle de singe, la trompe d’éléphant. On reste émerveillé devant certaines techniques : cuisson du riz dans des feuilles de bananier, viande attendrie avec une planche à clous, etc. C’est une profusion de couleurs qui vous attend, de quoi redécouvrir sous un œil complètement nouveau les nouilles sautées au bœuf du traiteur chinois du quartier !

Salé, sucré d’Ang Lee (Taïwan, 1994)

Ce film est une ode à la cuisine familiale. Un grand chef cuisinier, malgré la fatigue des années et le surmenage lié à sa profession, met un point d’honneur à cuisiner pour ses trois filles. Veuf, il réalise peu à peu que cette manière de témoigner son amour ne sera d’aucune utilité.

Devenues de jeunes femmes, les trois filles sont en effet préoccupées par leur réussite professionnelle, leur vie sentimentale ou leurs études. Elles s’éloignent inexorablement du foyer, abandonnant leur père qui s’échine à préparer des festins pour elles. Ses filles lui font du reste remarquer que les plats qu’il prépare n’ont plus le même goût qu’avant.

Tampopo de Juzo Itami (Japon, 1985)

Un chauffeur routier décide d’aider Tampopo, une restauratrice japonaise, à trouver la recette de la soupe de nouilles parfaite. Cette exaltation d’un plat populaire comme le bol de ramen nous embarque dans une comédie culinaire présentée comme le « premier western-nouilles ».

Le film interroge de manière amusante l’influence gastronomique occidentale au Japon, sous forme de vignettes entrecoupant l’histoire. Une mère de famille japonaise apprend à ses filles comment manger des spaghettis sans faire de bruit, pendant qu’un client occidental se goinfre à leurs côtés. Obsédée par les produits français, une vieille dame harcèle le gérant d’un supermarché. Lors d’un dîner d’affaires, par ignorance de la cuisine française, tous les convives  suivent celui qui leur parait s’y connaître en commandant… une Heineken.

L’odeur de la papaye verte de Tran Anh Hung (Vietnam, 1993)

Ce film évoque la domesticité féminine dans le Saïgon des années 50. Mùi, une paysanne âgée de dix ans, entre au service de notables. Mùi se consacre d’abord à sa patronne qui l’accueille comme une fille. Quelques années plus tard, Mùi se dédie totalement à son mari.

La cuisine est au centre de ces rapports de domination. Mûre, la papaye est considérée comme un fruit. Lorsqu’elle est verte, c’est un légume qu’il faut cuire. Préparée par la femme,  elle est servie comme plat à l’homme.

Les scènes de cuisine sont très belles et réussissent à stimuler les cinq sens du spectateur. On voit avec bonheur les personnages manipuler les ingrédients, réagir à leur aspect ou à leur saveur.

A voir aussi entre cuisine et cinéma asiatiques…

Le Club de la chance de Wayne Wang (Etats-Unis, 1993)

Le thème du conflit de génération dans une famille d’origine chinoise installée à San Francisco. Des personnages féminins qui reviennent sur leur histoire avec de nombreuses scènes autour de la cuisine chinoise.

Chungking Express de Wong Kar-wai (Hong Kong,1994)

Une exploration d’un quartier populaire de Hong Kong, avec l’univers des snacks nocturnes.

God of Cookery de Stephen Chow (Hong Kong, 1996)

Dans le style particulier des comédies hongkongaises, sur fond de rivalité entre chefs.

Way Home de Lee Jeong-hyang (Corée du Sud, 2002)

Un enfant qui se nourrit de poulet KFC et de jeux vidéo découvre les plaisirs de la cuisine coréenne au contact de sa grand-mère.

Cooking with Stella de Deepa et Dilip Metha (Canada, 2008)

Pour la description de l’univers des ambassades à Delhi, avec les roublardises de Stella pour profiter de la naïveté du couple canadien qu’elle sert comme cuisinière.

Antique de Min Kyu-dong (Corée du Sud, 2008)

Pour trouver le grand amour, Jin-hyuk décide d’ouvrir une pâtisserie avec un ancien boxeur et un garde du corps, non sans avoir convaincu un artisan de le rejoindre dans l’aventure.

Today’s Special de David Kaplan (Etats-Unis, 2009)

Ayant uniquement appris la cuisine occidentale à New York, Samir, d’origine indienne, se retrouve à devoir reprendre le Tandoori Palace. La rencontre avec un chauffeur de taxi, Akbar, lui permet de tout apprendre.

 

Bonus : Shah Rukh Khan en apprenti cuisinier dans Duplicate (Inde, 1998)